Antonin Leonard (OuiShare) : « L’économie collaborative est avant tout une question culturelle »

26 août 2013

Antonin Leonard a créé il y a plus d’un an avec Flore Berlingen, Benjamin Tincq et Edwin Mootoosamy OuiShare , la première communauté dédiée à l’économie collaborative, désormais active dans plus de 25 villes en France, en Europe et en Amérique Latine. OuiShare réunit d’ores et déjà plus de 1500 soutiens actifs dans le monde.

En cette rentrée 2013, il dresse pour Viuz un bilan de l’état et des perspectives de l’économie collaborative en France et dans le monde.

VIUZ :  Qu’appelle-t-on économie collaborative et où en est-on à travers le monde ?

Ce qu’on appelle aujourd’hui “économie collaborative” est un concept protéiforme. Ses segments les plus visibles sont la consommation collaborative, la production contributive, le financement participatif ou encore le “savoir libre”, ainsi que les applications civiques s’appuyant sur le crowdsourcing citoyen.

La consommation collaborative est sans doute le segment le plus médiatisé aujourd’hui, et rassemble des modèles déjà bien connus comme l’hébergement chez l’habitant (Airbnb, Bedycasa, etc.), le covoiturage (BlaBlaCar) ou encore la location de voitures entre particuliers (Drivy, Buzzcar, Deways, OuiCar). Ce segment est le plus installé sur le marché et bénéficie d’une crédibilité croissance car ces acteurs sont déjà rentrés dans une logique de développement quasi-industriel. D’autres acteurs disruptifs émergent actuellement, par exemple sur le modèle du social ridesharing avec Lyft ou Djump ou les services entre particuliers (Youpijob, Yooneed, etc.).

La production contributive désigne un nouveau modèle industriel de production pair-à-pair, tiré par le mouvement des “makers”, la culture de la bidouille et du Do-It-Yourself, et la transposition des principes du logiciel libre à la fabrication. Il est notamment facilité par la démocratisation des outils de fabrication numérique, le développement des lieux partagés de création (fablabs, hackerspaces, makerspaces) et le partage de connaissances et d’information par les makers. Chris Anderson voit dans la conjugaison de ces principes les prémisses d’une nouvelle révolution industrielle, qui démocratisera la production physique comme les blogs ou les réseaux sociaux ont démocratisé la publication. Je vous renvoie vers les analyses de la FING à ce sujet.

Le financement participatif est quant à lui déjà ancré dans les mœurs grâce au succès de Kickstarter aux Etats-Unis. En France, KissKissBankBank et Ulule sont les acteurs les plus visibles et s’imposent aujourd’hui comme les leaders européens, avec des des stratégies de plus en plus différenciées. Les modèles basés sur la prise de participation en capital sont amenés à se développer fortement dans les années à venir, à condition que le cadre réglementaire évolue au niveau européen et national.

Enfin, le savoir libre “open kowledge” ou partage de la connaissance est le ciment de l’économie collaborative. Ses pratiques et ses outils permettent à tous ces modèles de se développer beaucoup plus rapidement (ne serait-ce que par l’influence du logiciel libre), mais aussi d’inventer de nouveaux modèles d’organisation dans des domaines comme la recherche (ex: HackYourPhd), le juridique (ex: ShareLex) ou encore la politique (ex: Démocratie Ouverte qui permet aux parlementaires de co-concevoir les propositions de lois avec leurs concitoyens)

VIUZ : Existe-t-il des synergies entre ces différents secteurs ?

Au-delà de ce panorama, ce sont les interactions et les complémentarités entre ces verticales qui participent à créer un écosystème collaboratif global. Par exemple, le développement des moyens de paiements dédiés aux places de marché comme Mangopay permet d’accélérer leur déploiement. Une chaîne de valeur collaborative est en train de s’esquisser autour du financement, de la production et de la distribution de projets collaboratifs : les collaborations entre KissKissBankBank et la Ruche Qui dit Oui vont dans ce sens par exemple. Je vous renvoie à l’interview de Nicolas Debock et Rodolphe Ménégaux, d’X-Ange qui ont justement financé le développement de ces deux entreprises.

VIUZ :   Quelles sont ses perspectives en France ?

Des startups sont en train de devenir des leaders affirmés en Europe sur leur secteur et ont un potentiel de développement important (BlaBlaCar, Drivy, La Ruche qui dit Oui, Ulule, Sculpteo, etc.). Certains fonds d’investissement, à l’instar de X-Ange, ont fait de l’économie collaborative leur fer de lance.

Le secteur du crowdfunding a levé 40 millions d’euros France en six ans, ce qui est encore négligeable par rapport aux montants investis aux Etats-Unis, surtout si on le compare au secteur mondial du financement participatif qui a totalisé des investissements à hauteur de 1,8 milliard d’euros dans le monde en 2012.

Au niveau politique, les soutiens commencent à s’affirmer, par exemple en faveur des FabLabs et des tiers-lieu, qui constituent le point de jonction entre les acteurs de l’économie collaborative et de la société civile. Une réflexion sur les problématiques juridiques, dont une adaptation est absolument nécessaire si l’on ne veut pas étouffer l’écosystème naissant, est également lancée, notamment dans les secteurs qui se développent rapidement tels que le crowdfunding. Au niveau territorial, la Communauté Urbaine de Bordeaux a témoigné de son soutien à l’économie collaborative en permettant l’organisation d’un premier événement d’ampleur en Juillet dernier.

Au-delà des initiatives concrètes, qui révèlent un dynamisme en France et un intérêt croissant des acteurs institutionnels et privés, le concept d’économie collaborative apparaît de plus en plus comme un modèle généralisable plutôt qu’un simple remède temporaire à la crise.

VIUZ :   Comment concilier acteurs traditionnels et nouveaux modèles induits par l’économie collaborative ?

L’économie collaborative revêt une évolution culturelle et sociale et des ponts sont en train de se créer entre l’économie collaborative et les grands acteurs de l’économie traditionnelle. Les partenariats entre Citroën et Zilok ou Daimler et Carpooling en sont un bon exemple. Le positionnement stratégique de La Poste en tant que potentiel catalyseur du mouvement est également à souligner.

D’autres pans de l’économie collaborative suscitent plus de frictions à l’instar des rapports entre Airbnb et de l’hôtellerie traditionnelle. Je considère pour ma part que les deux ensembles contribuent à agrandir le marché du tourisme et permettent à de simples particuliers de devenir de meilleurs hôtes que certaines grandes chaînes d’hôtels. Plus généralement, nombre de services collaboratifs sont davantage complémentaires que concurrents vis-à-vis des acteurs traditionnels.

Ces frictions ne sont pas étonnantes, et sont même salutaires : elles incitent les acteurs traditionnels à innover. En effet, le rythme d’innovation est plus lent dans les grands groupes que dans les startups. Mais lorsqu’on aborde la question de front, il apparaît que l’économie collaborative est un enjeu crucial pour les acteurs économiques car elle permet de retisser les relations économiques autour d’un modèle renouvelé, fondé sur la confiance réciproque et sur une meilleure répartition de la valeur ajoutée entre acteurs. C’est pourquoi les acteurs  financiers et les pouvoirs publics s’interrogent de plus en plus  sur leur capacités à répondre aux nouveaux besoins et initiatives des citoyens, usagers et consommateurs.

Sur ces questions, je vous renvoie également aux excellentes analyses et initiatives de Louis-David Benyayer de Without Model.

VIUZ: Quel avenir pour l’économie collaborative sur le mobile ?

Les plus grandes innovations de l’économie collaborative proviendront demain du mobile. Outre l’instantanéité du service et l’équipement de plus en plus généralisé, il permet de fluidifier et et supprimer les frictions dans l’expérience de service.

VIUZ:  Quels sont les nouveaux projets de OuiShare ?

Après un Tour d’Amérique Latine (avec dix conférences au programme) qui se termine actuellement, nous lançons dans les tous prochain jours un Tour Europe pour aller à la rencontre des communautés OuiShare qui se sont développées de manière organique dans une vingtaine de villes en Europe depuis les débuts de la communauté en Janvier 2012. Nous réfléchissons actuellement à l’organisation d’un second OuiShare Fest à Paris, après le succès de l’édition précédente.

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